Interview de Patrick Lemordan

Bonjour Patrick Lemordan et merci de prendre le temps de répondre à mes questions.

Tout d’abord, j’aimerais savoir vers quel âge vous avez commencé à vous intéresser à l’art et pour quelle raison ?

« L’art a toujours fait partie intégrante de ma vie. J’ai la chance d’avoir eu des parents qui s’y sont énormément intéressé, j’ai toujours vu mon père peindre et sculpter si bien que cette approche a été très naturelle pour moi. J’ai commencé par le dessin comme beaucoup d’enfants et cette technique m’a directement touché, j’ai eu envie de continuer. Il y a une réelle notion de transmission familiale en ce qui concerne l’art. »

« Naïades 3 »

 

Quelle a été la première œuvre que vous avez vue qui vous a marqué au point de vouloir faire de l’art également ?

« Je n’ai jamais vécu cette sorte de révélation « mystique ». J’adorais la BD, l’illustration, la sculpture, tout ce qui était de l’ordre de l’image en somme. A titre anecdotique, lorsque j’étais très jeune, je faisais des petites bandes dessinées à mes amis sur les cartes postales que je leur envoyais. C’est sans aucun doute le dessin qui m’a attiré de prime abord. »

Quel a été votre parcours ?

« J’ai un parcours d’autodidacte, je n’ai pas fait d’école d’art, j’ai appris par moi-même et surtout de mes rencontres. J’ai fait de l’illustration rapidement et j’ai aussi découvert le dessin animé qui m’a passionné en grande partie parce que j’affectionne le travail d’équipe. C’était une époque où il y avait de la transmission de l’art et du métier en atelier, l’on travaillait beaucoup ensemble. L’on était loin du mythe de l’artiste esseulé dans sa tour d’ivoire. J’ai appris énormément et je continue toujours. J’ai toujours vécu de mes dessins et je me suis lancé dans la peinture à l’huile depuis 4/ 5 ans. Pour moi c’est une continuité, un outil différent pour produire des images.  Évidemment ce n’est pas comme dessiner sur ordinateur par le biais du dessin animé par exemple. Là on a un contact direct avec la matière. »

Vous semblez très happé par la représentation de la nature. Vos représentations ont lieu pour la plupart du temps en extérieur. Quel est votre rapport à votre environnement ?

« J’habite à Paris, j’adore la ville et l’architecture mais c’est un peu le thème que j’ai choisi qui veut la prégnance de la nature, c’est l’écrin dont j’avais besoin pour travailler le féminin, la femme. Mais j’aime autant la ville que la nature. »

« Le chapeau jaune »

 

Réalisez-vous vos œuvres d’art à l’extérieur également ?

« Non pour une raison simple : il est très difficile de travailler la peinture à l’huile sur grand format dehors. Sur des petits formats, cela peut fonctionner. Mon grand plaisir reste tout de même de composer à l’atelier. Je fonctionne davantage par l’imaginaire, j’observe beaucoup bien qu’il m’arrive quelquefois de crobarder à l’extérieur. »

Vous semblez également porté sur le corps de la femme qui se veut bien plus représenté que le corps de l’homme par exemple. Y-a-t-il une dimension symbolique ?

« J’associe le corps de la femme à la vie, à l’énergie vitale liée à la nature en profondeur. C’est très classique bien sûr. Mes créations sont un dialogue entre la force de la nature et la femme, je cherche peut-être une forme d’archétype. J’essaie de les associer et trouver une symbiose, une certaine unité. Dans la nature, la courbe domine, par exemple dans la représentation des arbres, cela fait écho aux courbes du corps de la femme. »

Vos représentations de corps de femmes semblent profondément inspirées de la Renaissance. L’on peut découvrir des corps bien en chair et souvent aux peaux très blanches. Pourquoi ce choix en particulier ?

« Pour moi la peinture de la Renaissance représente l’apogée artistique. Je travaille par l’imaginaire, je commence par le dessin, je dessine beaucoup et je ne travaille pas d’après des modèles.  Je cherche à travailler les masses car elles permettent l’abondance, la courbe. Cela rejoint effectivement les canons de la Renaissance. C’est aussi une façon d’exalter la vie. »

« Les 3 grâces »

 

Quelle est la symbolique du chiffre 3 dans votre art ? Il m’a semblé que beaucoup de vos œuvres mettaient en scène trois femmes. Faut-il y voir là une dimension sacrée ?

« Cette question m’a surpris en effet. Ce n’est pas vraiment voulu ou pensé. Ce chiffre est un signe d’équilibre, il permet la composition en triangle. L’on retrouve beaucoup cela au sein de représentations religieuses. Le triangle crée une composition harmonieuse mais non statique. Tout ce qui est pair est statique. Je retrouve davantage ce dynamisme dans les chiffres impairs. »

Votre toile « Les trois âges de la vie » est-elle une référence aux Parques ?

« Oui car il y a la question majeure du temps, de la vie qui s’écoule. Indirectement cela me fait penser au tableau de Rubens, « Les trois Parques » dans la série des Médicis. Peut être qu’inconsciemment je m’en suis inspiré. Dans le tableau des trois âges l’on peut voir la grotte derrière la vieille femme, pour moi cela symbolise la mort, présente mais non menaçante. J’ai voulu une représentation du temps plutôt positive, le côté sombre n’a pas sa place dans ce tableau. J’exaltais toute la positivité de la vie, un réel hymne. »

Au  niveau des couleurs l’on retrouve très souvent le vert, le bleu, avec des apparitions de rouge. Que vous inspirent ces couleurs ?

« C’est l’accord de ces trois couleurs qui m’intéresse. Le vert exige le rouge en complémentaire et se veut omniprésent par rapport au thème choisi de la nature. C’est une nature plutôt printanière. Ce sont des couleurs qui m’attirent mais je pourrais tout à fait imaginer une série avec des bleus et des marrons en dominante. Comme je travaille beaucoup dans le dessin animé on utilise des couleurs très joyeuses, fraîches, il y a donc surement un lien de causalité. »

« La rixe »

 

Le thème de la mer semble omniprésent si l’on s’en tient à vos représentations de baigneuses, de naïades. Qu’est-ce que ce thème vous inspire ?

« J’adore l’eau. C’est l’élément de vie primitif, c’est aussi l’aspect de la liberté, le moment où l’on se débarrasse de ce que l’on a sur soi, l’on se purifie. Je pense que la femme est liée à l’eau fondamentalement. »

Enfin, je vous ai demandé de sélectionner des œuvres importantes pour vous, je vous laisse donc m’en parler.

« Je commencerais par celui de Tiziano. Comme je suis autodidacte, j’ai toujours adoré me rendre au Louvre et pour moi l’une des plus belles salles est celle des vénitiens. Y figure cette toile extraordinaire, en très grand format. C’est un tableau qu’il a réalisé sur de nombreuses années et souvent modifié. Il me rappelle Venise, l’Italie, les voyages. L’œuvre est magistrale. C’est un exemple parfait de mélanges d’imaginaires. L’analyser davantage installerait une espèce de froideur que je voudrais éviter, la toile se suffit à elle-même, la poésie qui s’y dégage est merveilleuse et me subjugue.

 

Le deuxième est un tableau de Giordano, il n’est pas très loin du premier avant la salle des Espagnols. Ce petit tableau est plein de charme. C’est un peintre qui a beaucoup voyagé et a évolué, il a un très beau dessin. Pour moi, il représente un peu l’histoire de la peinture dans ses traditions, l’on s’enrichit des autres et l’on se forge son style petit à petit. Il y a beaucoup de variétés, toutes ces demi-teintes qui ajoutent au charme. Une vraie leçon de peinture.

Giordano, « Le mariage de la Vierge »

 

Le dernier est celui de Delacroix. Lors de mes premiers voyages avec mon père à Paris nous avons été au Louvre et les Delacroix m’avaient fasciné. Il est moderne tout en étant classique dans sa référence aux coloris. Il y a une filiation intéressante. Ce tableau met une nouvelle fois en valeur la notion de l’imaginaire. J’ai un réel besoin de reconstruire par la mémoire.

Eugène Delacroix, « Ovide chez les Scythes »

 

Ce qui me plaît dans ces trois œuvres, ce sont avant tout les coloris, la poésie et la place à l’imaginaire qu’ils suggèrent. »

 

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Réalisé par Léana Zocolan le 20 mai 2021.

 

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