Interview de Marcoleptique

Bonjour Marcoleptique et merci de prendre le temps de répondre à mes questions.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours artistique s’il vous plaît ?

« J’ai suivi des formations artistiques de graphiste au départ. J’ai donc une bonne culture d’Histoire de l’Art et de dessin depuis ma jeunesse. Cela fait plus de 30 ans que je dessine et que je peins pour moi. Je n’ai jamais cherché à exposer pendant toutes ces années et depuis deux ans et demi, lassé de mon travail de graphiste, je me suis lancé dans une vie artistique à temps plein. »

« Arlequin »

 

Qu’est-ce qui a déclenché en vous cette envie de vous lancer dans l’art ?

« J’ai toujours été intéressé par cela. Je ne viens pourtant pas du tout d’une famille artistique, je me suis fait seul avec mes formations de graphiste. J’ai été graphiste dans la signalétique plus de vingt ans et j’ai été professeur de signalétique pendant deux ans à Lyon. J’ai arrêté il y a un an et demi et je me suis entièrement consacré à l’art. »

Si l’on s’attelle à votre série « Histoires géographiques », vos œuvres mettent en avant la dimension corporelle et celle de la cartographie.  Qu’essayez-vous d’exprimer par ce choix singulier ?

« Une carte  raconte toujours une histoire selon moi, qu’elle soit géopolitique ou bien géographique. J’essaie systématiquement de détourner cette histoire-là pour en raconter une nouvelle. Parfois je laisse des effets de flous pour que les gens se racontent leur propre histoire, c’est surtout cela mon but. J’aime quand ils voient des choses que je n’avais pas vues au départ. J’essaie toujours de donner le sourire aux gens. »

« Le hibou de Bordeaux »

 

Peut-on dire de vos œuvres qu’elles apportent une dimension critique à votre environnement ?

« Certaines oui. Sur ma page professionnelle de Facebook, il y a un vieil album qui s’appelle « Nous ne sommes pas des bêtes », ce sont des allégories entre têtes d’animaux et corps humains et là il y a toujours un sens critique voire politique. Ce sens critique social est toujours un peu resté d’ailleurs sur l’une de mes dernières œuvres j’ai fait d’un coté la Turquie et de l’autre la Grèce qui se regardent. Les deux pays sont représentés sous la forme de deux personnages et l’œuvre s’appelle « Fuck L’Europe » Cela dit ce que cela veut dire. Par le biais des cartes, l’on se raconte une histoire rien que dans le regard. »

« Fuck l’Europe »

 

Que vous apporte le support de la carte et pourquoi ce choix en particulier ?

« La carte n’est pas ce avec quoi j’ai commencé. Il y a deux ans, je me suis mis  à jeter de l’encre sur de vieux livres. J’aime beaucoup les vieux papiers car étant donné le fait qu’ils ne sont pas traités, ils permettent absorption sublime des pigments. Je faisais des taches dans les livres de littérature et de poésie et je dessinais dedans ce que j’y voyais.  J’ai ensuite changé de support, je suis passé par les partitions de musique et un jour je suis tombé sur un atlas, j’ai jeté de l’encre avant de me rendre compte que la tache n’était pas à faire puisqu’elle y était déjà en la carte elle-même, j’ai commencé comme ça sur la cartographie.  Cela va faire presque deux ans que je travaille sur des cartes maintenant. »

Dans votre œuvre « La chose », l’on peut observer encore une fois la représentation d’une main et d’un visage intriqués. Pensez-vous qu’il faille toujours intégrer quelque chose de plus à une partie de corps ? Quel est votre rapport à ce dernier ?

« Le corps est essentiel pour moi, la représentation humaine aussi. Je ne représente que des personnages ou des monstres féériques. L’humain est au centre de mon travail, cela vient sans doute de mes études de dessin où l’on avait des cours de modèle vivant, j’adorais y assister.  C’est tellement facile de donner des histoires avec le corps humain, il s’agit même du meilleur vecteur possible.  Le regard suffit parfois, il n’y a même plus besoin du corps. C’est pour cela que dans toutes mes séries l’œil est très important. »

« La chose »

 

Vous semblez avoir un rapport très particulier au livre également. Pour quelle raison et qu’est-ce que ce support vous apporte dans votre art ?

« Le livre est un élément portatif. A une période je voyageais beaucoup donc je pouvais le mettre dans ma poche, dessiner dans le métro, le bus ou encore le train. Dans ma scolarité je détestais lire et c’est une fois sorti de l’école que les livres sont rentrés dans ma vie et j’ai pu choisir ma littérature. Ce sont les nouvelles d’Edgar Poe qui m’ont donné envie de lire. »

« Olibrius 50 »

 

Pensez-vous que les dimensions textuelle et graphique se complètent ou au contraire qu’elles ne sauraient être mêlées ?

« Elles se complètent. Le graphisme est omniprésent, dès que je vois une carte, je vois des histoires, des personnages, des monstres. C’est le graphisme de la carte qui me donne les dessins, c’est elle qui me dit quoi faire. J’essaie de toujours travailler et avoir un jeu à partir du fond de carte, je fais en sorte de toujours être très précis. »

Vous usez de couleurs assez vives au sein de vos créations, que traduisent-elles ?

« J’aime bien les grands contrastes, j’utilise souvent les complémentaires.  Le coté pastel, monochrome, m’ennuie un petit peu. J’aime bien que ce soit vivifiant. »

« David et Goliath »

 

De quel mouvement artistique rapprocheriez-vous votre art et est-ce souhaitable ?

« L’on m’a plus ou moins catalogué dans l’art singulier et dans les outsiders. Je pense être dans ce mouvement-là et cela me conviens très bien. »

Vous souvenez vous de la première œuvre que vous avez vue d’un artiste qui vous a vraiment transcendé ?

« L’artiste qui m’a donné envie de peindre est Jérome Bosch,  peintre flamand. J’ai découvert son travail à 17 ans en cours d’Histoire de l’Art. J’ai été profondément happé par « Le jardin des délices ». La représentation qui est faite de l’enfer m’a subjugué. A partir de là, j’ai commencé à dessiner des petits monstres un peu partout. J’aime aussi l’époque du Moyen-âge où les gens ne savaient pas forcément dessiner et peindre mais ils racontaient des histoires à l’instar de la tapisserie de Bayeux. Cette œuvre est monumentale. »

Quelles sont les différentes étapes de votre technique lorsque vous commencez à créer ?

« Lorsque je prends une carte, je dois tout d’abord trouver le dessin, le message que je veux faire passer. Ensuite j’utilise les encres, les aquarelles, je mets les ombrages, les profondeurs, j’exécute mon idée. »

« Les poumons de Quimper »

 

Enfin je vous ai proposé de choisir des œuvres qui vous tiennent à cœur, des œuvres qui vous appartiennent et celle d’un autre artiste. Pouvez-vous m’en parler un peu plus en profondeur ?

« Cette question est complexe, il y en a tellement. Je dirais que j’aime particulièrement tout le début de l’art abstrait jusqu’à aujourd’hui. Après j’ai une dent contre l’art contemporain qui pour moi n’est pas de l’art. Ce sont des concepteurs, des vendeurs d’idées, non des artistes.

Le tableau de Jérome Bosch est celui qui m’a le plus touché parce qu’il raconte lui aussi une histoire. Il y a le paradis, les enfers.  Quand je l’ai vu je l’ai trouvé très graphique, je pensais qu’il s’agissait d’un tableau contemporain et quand j’ai appris qu’il avait 600 ans j’étais très impressionné. Je suis resté trois quarts d’heure devant le tableau. Pour moi c’est un immense artiste.

Je n’ai pas trop de préférence pour ce qui est de mes œuvres, j’aime bien « La chose » parce qu’elle raconte quelque chose sous forme de collage, j’aime bien « Fuck l’Europe » pour la force du message véhiculé. Il en est de même pour le dernier « Bipolaire » aussi que je trouve drôle et qui devient ludique. Je pense que les derniers que je fais sont souvent les meilleurs. Il s’agit d’un renouvellement perpétuel, à chaque fois que j’en finis un c’est mon préféré, et comme je dessine très vite cela change souvent. »

 

Réalisé par Léana Zocolan le 30 juin 2021.

 

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