Interview de Manoé

Bonjour Manoé et merci de prendre le temps de répondre à mes questions.

Pour commencer, j’aimerais que vous nous exposiez brièvement votre parcours artistique. Quand avez-vous commencé à vous intéresser au domaine de l’art ?

« Je m’y intéresse depuis toujours. J’ai commencé par faire de la danse professionnellement, j’ai aussi beaucoup écrit. La peinture  est venue plus tard, il y a une dizaine d’années. J’ai toujours été très attirée par l’art, les principes d’expression, les moyens d’exprimer tout ce que je ressentais et que je n’arrivais pas à dire facilement avec des mots. J’ai également fait pas mal de musique, j’ai un peu touché au cinéma, au théâtre aussi. La peinture au départ était davantage un jeu pour moi, puis, avec le temps, elle a pris beaucoup d’ampleur pour devenir aujourd’hui mon mode d’expression unique. Je m’aperçois que dans la peinture j’arrive plus facilement à traduire mes états d’âme ».

 

Quelle a été la première œuvre qui vous a profondément bouleversée ?

« Ce qui me vient en premier c’est une œuvre de Monch que j’ai achetée. J’étais amie avec lui sur Facebook et, aimant énormément son travail, j’étais allée à une de ses expositions. Lors de cette dernière, je me suis arrêtée subitement devant l’une de ses œuvres. J’ai commencé à pleurer devant tout le monde pendant un quart d’heure. C’était de l’émotion pure, je ne saurais vraiment dire pourquoi mais j’avais le sentiment d’être en face de moi-même. Il s’agissait du portrait d’une jeune fille anonyme avec un regard chargé d’histoire. L’on y devinait ce mélange de souffrance et d’espérance qui me définit assez bien, l’attente de quelque chose. Ce n’est pas nécessairement la première œuvre qui m’a émue mais c’est la première à laquelle je pense aujourd’hui ».

Vous réalisez vos œuvres tantôt sur papier tantôt sur toile. Pour quelle raison ? Quelle différence faites-vous ?

« J’ai commencé sur toile. Au départ, j’utilisais la peinture acrylique qui me paraissait plus facile pour un néophyte. Pourtant aujourd’hui je ne peins qu’à l’huile ce qui me parait plus aisé que l’acrylique, comme quoi, tout change. Le support du papier a émergé car j’aime écrire, je continue à écrire sur des cahiers, j’adore le papier, sa réaction, son bruit, son odeur. S’y dévoile un aspect plus charnel. Il y a quelque chose de plus proche de l’écriture. Je continue à aimer peindre sur toile mais c’est différent. Cela dépend des périodes. J’ai le sentiment que le papier m’aide à dire des choses plus intimes et peut être plus douloureuses tandis que la toile est jubilatoire, elle traduit davantage l’allégresse. C’est très subjectif ».

Quels sont les outils avec lesquels vous préférez travailler et vos techniques de prédilection ?

« J’ai beaucoup travaillé au chiffon. Quand j’ai commencé à peindre, je trouvais les pinceaux impressionnants, j’avais un gros complexe car j’étais entièrement autodidacte et ce matériel était selon moi réservé aux connaisseurs. Puis à force d’avoir expérimenté j’ai eu envie de tester davantage, sans aprioris.

En ce moment je peins beaucoup avec des pinceaux à maquillage. Je suis dans la recherche de fondus et j’adore les effets de lumière, le brouillard, la brume. Les pinceaux très diffus sont nécessaires pour réaliser cela. J’utilise aussi les couteaux, en fonction de mes envies, de mes ressentis ».

Votre travail est-il plutôt instinctif ou réfléchi à l’avance ?

« Instinctif. Et parfois il se réfléchit pendant. Ce que je veux dire c’est que je commence toujours à créer à l’instinct, mais parfois, sur un premier jet se dessine quelque chose que je vais avoir envie de creuser. Et là je vais réfléchir à la façon dont je vais pouvoir le faire ».

Quels sont les thèmes récurrents qui vous travaillent et que vous aimez traiter ?

« La mer. Je n’ai jamais cherché à la peindre mais elle s’impose à chaque fois à moi. Au départ les gens me disaient « tu as peint la mer » mais pour moi ce n’était pas le cas. J’adore la nature, les éléments, la forêt, le ciel aussi. C’est une sorte de nature intérieure, teintée par les émotions qui me traversent pendant ces moments-là.

J’aime beaucoup l’idée d’amener de la lumière même si mes toiles sont un peu sombres. J’ai toujours ce petit espoir en moi que demain cela ira mieux, je suis assez résiliente. Ce point de lumière, même s’il est brumeux, est toujours très important ».

« La première heure »

 

Que souhaitez-vous transmettre dans votre art ?

« Des émotions avant tout. J’ai envie que ce que j’exprime touche les gens, que ça leur face ressentir quelque chose. Il n’y a pas de message engagé, juste une émotion. J’ai envie que les gens se sentent bien, de leur apporter une espérance parfois trop manquante. C’est surtout un message d’espoir, le moyen de dire aux gens de tenir bon, que le meilleur est à venir ».

On a cette impression de contraste entre un ciel profond et un paysage lumineux, une oscillation constante entre clair et obscur. Quelle est la place de l’espoir dans votre art ?

« J’ai écrit il y a très longtemps un poème autobiographique, je me sers très souvent de la première strophe. Comme mon prénom civil est Claire, j’écris « je suis la plus claire mais aussi la plus sombre ». Cela est très important et témoigne d’ailleurs  d’une caractéristique technique que j’emploie. En effet, je commence toujours à peindre mes fonds en noir. J’aime cette idée que tout est noir et que c’est à moi de l’éclairer.

La place de l’espoir est prépondérante même si elle est minime. Je pense que rien n’est jamais perdu. Je suis très intéressée par la dualité des choses, pour qu’il y ait de la lumière il faut qu’il y ait de la noirceur. Certes il y a des situations dans le monde qui paraissent désespérées mais je pense que l’espoir est en nous et que tant que l’on respire, tant qu’on est là, il subsiste. Parfois c’est trois fois rien, un grain de lumière, mais c’est très important ».

« Ne plus jamais dormir »

 

Lorsque l’on observe vos anciennes toiles et qu’on les compare aux dernières, l’on a une impression de créations plus lumineuses au fil des années. Qu’est-ce qui a changé selon vous et pourquoi ?

« Mon état d’esprit je dirais. Il y a quelques années j’étais dans un état psychologique un peu compliqué, j’avais besoin de choses noires et sombres. Depuis quelques années, il y a plus d’espace en moi, plus de vie. Je me sens plus libre. Je me suis toujours mise beaucoup de contraintes dans ma vie et j’essaie de les combattre les unes après les autres ».

Dans vos réalisations vous usez le plus souvent du blanc, du bleu beaucoup, de touches de jaune. Faites-vous le choix de ces couleurs de façon totalement arbitraire ou y-a-t-il une raison particulière ?

« Le bleu est une couleur avec laquelle je peins depuis le début et pourtant je ne porte jamais cette couleur il n’y en a pas chez moi. Je ne l’affectionne pas tant que ça mais l’utiliser en peinture me paraissait évident. Après il y a toutes les couleurs de terre comme l’ocre que j’aime beaucoup car elles sont proches de la nature, le vert également. Ce n’est pas forcément un choix conscient. Parfois j’aime me mettre des challenges et mettre du rouge par exemple, cela me fait sortir de ma zone de confort.

Je travaille peu le rouge, le violet, l’orange. Je trouve le rouge dur à travailler, violent. C’est une couleur de colère, m’évoquant des sentiments que je n’aime pas, de l’agressivité ».

Enfin, je vous ai proposé de choisir des œuvres qui vous sont chères. Pourriez-vous nous expliquer un peu vos choix ?

« Ne plus jamais dormir » est une œuvre que j’expose très peu, elle est accrochée chez moi. Elle m’évoque un moment de paix, même si elle est un peu sombre. Ce sont des couleurs que j’aime, qui m’évoquent la sérénité avec mon petit phare à l’horizon, ma touche de lumière.

« Jour 40 » date du deuxième confinement, je la trouve belle et elle me parle énormément.

« La première heure » est une toile que j’avais faite pour le salon Figuration Critique. C’est une des premières fois où je faisais une peinture pour une exposition particulière. Un jour je me suis lancée sans réfléchir, j’avais envie d’exprimer la dualité car j’en avais fait une deuxième, l’une répond à l’autre, ce sont comme les deux parts de ma personne ».

« Jour 40 »

 

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Réalisé par Léana Zocolan le 29 avril 2021.

 

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