Interview de Luc Josserand

Bonjour Luc Josserand et merci pour le temps que vous m’accordez pour cette interview.

Pouvez-vous tout d’abord nous évoquer un peu votre parcours artistique s’il-vous-plaît ? Avez-vous toujours baigné dans l’art ou au contraire vous y êtes-vous mis plus tard ?

« J’ai toujours baigné dans l’art parce que je viens d’une famille d’artistes. Mon grand-père paternel était artiste peintre à la Croix-Rousse à Lyon, co-fondateur de la « République du Gros Caillou » et du Salon de peinture « Regains ». Mon grand père maternel était designer sur textile et avait été élève de Matisse. Mon père était artiste peintre et écrivain. Il a exposé de longues années au Salon du Sud-Est à Lyon. Ma sœur ainée a fait une école d’art également, nous sommes donc tous très artistes. »

Quand et pourquoi avez-vous décidé de vous tourner vers le numérique ?

« J’ai commencé le dessin il y a très longtemps. Quand j’étais enfant je m’ennuyais à l’école, je dessinais pendant les cours. Cette activité constitue le point de départ de ma démarche. Je ne me suis pas mis à la peinture de suite, j’avais d’autres intérêts et c’est à la fin de mes études que j’ai réellement commencé. Mais lorsque l’on a commencé par un dessin et qu’on agence les couleurs, l’on est un peu prisonnier des lignes qu’on a dessinées  au préalable et cela devient compliqué d’aboutir à un résultat harmonieux. Il me fallait beaucoup de temps pour terminer un tableau et  en être satisfait. Je me suis dit qu’il fallait que je trouve quelque chose et j’ai commencé à travailler avec le digital pour réfléchir mon projet et passer à la peinture après. C’est cette motivation qui m’a poussé à m’y mettre, comme un moyen de préparation, de maquette à la peinture à venir. La peinture digitale a pris le dessus petit à petit, ce n’est plus devenu un moyen de gagner du temps pour ensuite me mettre au travail à l’huile, c’est devenu une fin en soi. Ce passage s’est fait au milieu des années 2010. »

« Irmine and Ethereum »

 

Vous réalisez beaucoup de représentations de femmes en particulier. Pourquoi ce choix ?

« Ce n’est pas vraiment un choix. Le dessin est à la base de tout. Disons que je dessine ce qui me plaît, j’ai plus de plaisir à dessiner une femme qu’un rhinocéros. J’aime les personnages de façon générale. J’ai essayé de peindre des hommes mais cela me barbe un peu. Je suis amoureux de la féminité. »

D’où vous viennent ces inspirations de femmes, leurs prénoms ? Existent-elles ?

« Non, aucun de mes personnages ne reprend une personne existante. Par contre je m’inspire beaucoup de photos à partir du moment où il faut recomposer les jeux de lumières qui mettent en valeur le corps féminin. Mais je n’ai jamais reproduit de photo, le travail de copie ne m’intéresse pas, je m’aide simplement de ce que je vois.

J’aime cet univers un peu sensuel et onirique, J’ai cité Leonor Fini, une femme qui avait une peinture très sensuelle, j’aimais bien sa peinture et je me rends compte qu’elle m’a beaucoup inspiré dans mon travail quand je regarde des œuvres qu’elle a faites. Néanmoins, je dirais que mes personnages sont peut-être un peu plus réalistes. »

« Leonor Fini – Harmonika Zug »

 

Quand estimez-vous qu’une œuvre est terminée ?

« Voilà une très bonne question que je me pose en permanence. Parfois je me dis que je devrais arrêter et je continue pour cause d’insatisfaction. Il arrive un moment donné où en voulant faire trop bien on fait moins bien. Je n’ai pas de réponse à cette question car on a toujours envie de vouloir en faire plus. »

Quelle est l’œuvre d’art que vous auriez aimé réaliser ?

« J’aime beaucoup Delacroix, j’aurais aimé être l’auteur de beaucoup de ses œuvres comme « La lutte de Jacob avec l’ange » que je trouve extraordinaire par exemple. J’aime énormément la peinture de Goya également, je n’ai pas de réponse il y en a trop. J’y suis attaché à chacune de façon différente mais aucune ne prédomine. »

Vous semblez donc appartenir à deux mondes, deux univers bien distincts qui sont ceux de la science et de l’art, vous dites même ne pas vouloir les mélanger, pourtant vous conservez votre nom à défaut d’un pseudonyme artistique. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

« Quand j’ai commencé à peindre j’ai toujours signé L. Josserand donc il n’y a pas un moment où j’ai pensé à créer un pseudo. A partir du moment où j’ai toujours signé avec mon nom je n’ai pas changé par la suite. Au départ la question ne se posait pas. »

Y-a-t-il un message dans vos œuvres, racontez-vous quelque chose ou êtes vous davantage axé vers les notions d’esthétisme, de couleur ?

« Je suis davantage tourné vers l’esthétisme, l’harmonie, la beauté. Il y a beaucoup de colère en moi que je pourrais exprimer et que je ne veux pas exprimer parce que je ne me sens pas libre de le faire. Je n’aime pas quand les artistes expriment leurs opinions sur des sujets sociétaux, politiques. Pour moi ce n’est pas le rôle de l’artiste, cela me dérange un peu donc je me contrains de ne pas le faire moi-même. On veut que l’art soit porte parole de revendications et je n’aime pas l’art politique. »

« Luana »

 

Enfin, je vous ai proposé de choisir des œuvres qui résonnent en vous, qui sont particulièrement importantes. Pouvez-vous m’en parler ?

« Il y a l’œuvre de Cy Twombly tout d’abord. J’ai découvert cet artiste il y a quelques années complètement par hasard, j’avais un enfant au lycée je l’ai emmené au Centre Pompidou. Il participait à une sortie scolaire pour voir une exposition sur René Magritte. Au même moment dans un autre espace du centre il y avait une exposition consacrée à Cy Twombly et j’ai vraiment été frappé dès la première peinture. J’ai été fasciné par son travail et j’y suis retourné deux semaines après pour revoir ce que j’avais déjà vu la première fois. Je reste scotché par ce qu’il fait, il y a du génie dans ses œuvres.

« Twombly 4 »

 

J’ai également choisi les « Bergers d’Arcadie » de Nicolas Poussin. Se dégage de ce tableau une atmosphère particulière que j’aime énormément. C’est une œuvre un peu énigmatique en ce qui concerne son histoire.

Nicolas Poussin, « Bergers d’Arcadie »

 

Il y en a tellement d’autres, j’aime énormément Picasso également, quand j’ai découvert « Les demoiselles d’Avignon » à New-York j’ai été fasciné, c’était un sentiment très curieux. J’aime aussi beaucoup sa période rose. »

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Réalisé par Léana Zocolan le 12 juillet 2021.

 

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Réponses

  1. Un grand Merci à Hubbub Art et en particulier à Léana pour cette interview que l’équipe a eu la gentillesse de me proposer. Nous avons discuté un long moment Léana et moi ; tout n’a pas été retranscrit, ça aurait été un peu long, mais l’essentiel y est. Quant au jeu des questions réponses, il faut dire que de répondre à des questions que l’on ne se pose pas forcément, n’est un exercice tout sauf évident. Avec le recul, je me dis que « j’aurais pu parler de cela, j’aurais pu développer ceci… ». Ce fut en tout cas un moment très sympathique.
    L. Joss.

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