Interview de Dominique Laude

Bonjour Dominique Laude et merci à vous de prendre le temps de répondre à mes questions.

Quels ont été vos débuts dans le monde de l’art ? Pourquoi l’art et pas autre chose ?

J’ai une formation de photographe à la base. J’ai fait de la photo puis un atelier de préparation aux Beaux-Arts rue de Seine, j’ai une formation assez classique au dessin. Ensuite j’ai fait une école qui m’a spécialisé vers le l’histoire de l’art et le marché de l’art, donc vers plus de théorie. Et à la fin de ces études j’ai créé une exposition. C’est là que cela a un peu tout déclenché.

« De la couleur »

 

A la fin des années 80 quand je me suis présenté aux Beaux Arts, c’était surtout l’abstrait qui était à la mode et moi avec ma formation classique et mes œuvres figuratives cela ne fonctionnait pas et était mal reçu. En 97 j’ai arrêté ce que je faisais et j’ai travaillé dans d’autres secteurs pour gagner ma vie. J’ai toujours continué à peindre. J’y revenais régulièrement comme une obsession. Les gens avaient du mal à comprendre ce que je faisais. Depuis quelques années je suis revenu à la peinture.

Quelle a été la première œuvre qui a fait naître en vous une émotion profonde ?

C’est des œuvres de Rembrandt et Goya, je suis tombé sur les deux à peu près en même temps. Goya c’était « Saturne dévorant un de ses fils» et Rembrandt c’était « La Ronde de nuit » et « Le Bœuf écorché ». Pour ce qui est du contemporain, j’aime beaucoup Velasquez, Egon Schiele, Picasso, Bacon pour le contemporain.

Quand avez-vous ressenti le besoin vital de commencer à représenter les émotions ? Quel a été l’élément déclencheur ?

Depuis tout petit je visualise les choses par images. Ça a toujours été ma manière de communiquer avec les gens. J’avais une grand-mère qui dessinait également et qui m’a un peu poussé vers ce côté-là. Plutôt qu’écrire des lettres je dessinais tout ce qui me passait par la tête pour m’exprimer. Mettre en images des mots, voilà ce que je fais.

« Love ink »

 

De quoi témoignez-vous dans vos créations ? Quelle est l’émotion que vous souhaitez transmettre ?

Toutes mes émotions. Cela part de la joie, la colère, les frustrations. Tout ce qui me passe par la tête, ça peut être politique, des revendications, des constatations. Souvent les gens qui voient mes œuvres m’en racontent une histoire que je n’avais pas envisagée.

J’ai remarqué que dans vos représentations, beaucoup de personnages sont assis ou accroupis. On a aussi la symbolique de la chaise avec « Corps-chaise 0707 » ou encore « Corps assis » et « Angoisses ». S’agit-il du besoin d’un support, qu’il soit matériel ou humain ?

Oui tout à fait. C’est pour un peu asseoir les choses. Alors soit il n’y a pas de fond du tout soit cela devient un peu de l’instantané comme la photographie. Mon entreprise est d’exprimer ce que je ressens sur le moment. Il faut savoir que je travaille rapidement, je ne fais pas de toiles sur un ou deux mois, elles sont finies dans la journée. Le lendemain j’aurai une autre idée. C’est donc le choix d’immobiliser un mouvement. Et comme je ne fais pas de perspective, cela en crée une fausse et permet de stabiliser un personnage un peu torturé.

« The ass screwed on a chair while waiting for the continuation »

 

L’on voit plusieurs éléments revenir sans cesse, à l’instar de la chaise, on a aussi le pistolet avec « No way ». Quelle en est la symbolique ?

Le pistolet n’est pas une fin en soi, il exprime plutôt quelque chose qui va au-delà, des renouveaux, des gestes infinis. Cela exprime une violence instantanée, sans notion de suicide.

Le thème de l’amour  est très récurrent et semble prendre une grande place dans votre art. Est-ce une grande source d’inspiration ?

Oui complètement. L’amour, le couple, la relation de deux personnes. Je fais un gros travail sur cela. Il s’agit de relations suscitant des rejets ou au contraire fusionnelles. Ma toile  « Famille » est assez représentative de ce que j’exprime aussi.

De même, les visages sont très souvent représentés la bouche ouverte, pour quelle raison ?

Il y a souvent un cri. Ca fait penser à Munch ou Bacon, ce sont des cris sourds. On montre l’expression pour crier, mais cela reste sourd. Parfois l’on peut crier sans être entendu, ce qui alimente l’angoisse.

En ce qui concerne les couleurs, l’on voit que vous semblez davantage à l’aise avec les couleurs primaires : le rouge, le noir, le gris, le blanc. Un peu de bleu parfois. Il est rare de voir d’autres couleurs dans vos œuvres. Est-ce un choix conscient de votre part ?

Quand j’ai commencé à travailler c’était plutôt de manière classique classique puis je suis à l’aise avec ces couleurs et comme je peins vite et à l’huile, les couleurs se mélangent et il y a une notion de rapidité. Je suis un fan de noir, on peut moduler entre les noirs brillants, satinés.

L’on décèle une oscillation des  corps tantôt enlacés tantôt esseulés. Un de vos tableaux prend même le titre : « alone-together », ce qui est pour le moins significatif. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

On en vient à cette image de solitude, l’on peut parfois se sentir seul en étant pourtant entouré de gens. C’est un peu ce que je ressens.

« Les amours mortes »

 

Vous avez une œuvre qui s’appelle « Modern Love ». On y voit deux personnages portant des masques à gaz. Que pouvez-vous nous en dire ?

Je tiens à être ancré dans le monde actuel, je ne veux pas être un peintre éthéré qui vit dans une bulle, je fais partie de la société j’aime en être témoin. Ces personnages sont seuls en étant en couple, un peu déchirés, angoissés.

Vous faites le choix du squelettique mais pas forcément celui du décharné. L’on voit des représentations de squelettes parfois plutôt bien en chair même. Cela veut-il dire que tout un chacun a une part d’humanité en soi, si cachée soit-elle ? 

Au niveau des volumes j’ai été influencé par le XVIIe, époque des formes, des hanches. Le squelette vient s’imbriquer dedans pour montrer qu’on est la même base que ce soit sexe, couleur, origine. La chair vient juste s’y amalgamer pour donner du volume.

Et concernant les mains ?

Les mains c’est un peu obsessionnel, je trouve qu’on exprime beaucoup de caractère dans les mains. C’est l’ornement qui vient appuyer ce qu’on veut dire. Je les ai épaissies dernièrement car l’on me comparait trop à Egon Schiele.

Est-ce que vos personnages représentent une personne en particulier ou davantage une idée/ un concept/ une émotion ? Pourrait-on penser à une sorte d’autoportrait ?

Oui tout à fait, en général je pars de moi. Puis après ça part ailleurs. Comme je parle de moi cela part de moi. Il y a une part de moi dans tout ce que je fais, qu’il s’agisse du coté féminin ou masculin. Je représente ce que je vis au jour le jour dans ma vie d’humain, puis les sentiments que je partage avec les gens autour de moi.

« Think about »

 

Vos personnages sont souvent repliés sur eux-mêmes, pourquoi cela ?

Oui, il y a un coté introverti, une introspection, dans « Eréthisme » tous les membres vont vers leur déclin. Parfois le poids de la réalité, de la vie vous écrase. C’est une ambivalence entre espoir et désespoir.

Je vous ai demandé de choisir des œuvres que vous affectionnez, que pouvez-vous nous en dire ?

Ce sont des dessins et peintures sur papier en petit format. Ce sont les derniers. Ils correspondent à mon état d’esprit actuel. « Metamorphosis » et « Les amours mortes » me correspondent bien au niveau des couleurs. Cela exprime bien ce coté « on essaie de se repêcher », toute cette idée de relation, s’attacher voire se rattacher à quelqu’un ou à quelque chose.

« Metamorphosis »

 

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Réalisé par Léana Zocolan le 23 janvier 2021

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