Interview d’Alixire

Bonjour Alixire et merci de prendre le temps de répondre à mes questions.

Pouvez-vous tout d’abord nous raconter brièvement votre parcours artistique ?

« Cela remonte à la prime enfance. J’ai le souvenir aigu, à l’âge où l’on demande à un enfant ce qu’il veut faire plus tard, de directement répondre « peintre ». Un monsieur m’avait dit que c’était un travail plutôt réservé aux hommes. Dans ma tête d’enfant je n’ai pas compris ce qu’il voulait dire par là, j’ai réalisé plus tard qu’il croyait que je voulais être peintre en bâtiment. Dès ce jour je me suis dit qu’à partir de maintenant je dirais « artiste ». Cette anecdote amusante est pour moi la preuve que j’ai toujours voulu faire ce métier.

La difficulté a été d’être à la hauteur de mes ambitions. J’étais assez malheureuse au collège j’ai trouvé mon accomplissement quand je suis entrée dans l’école d’art graphique de la rue Madame qui s’appelle maintenant l’école  Maximilien-Vox. A l’époque l’on faisait de la perspective, de la géométrie, du dessin du plâtre… Cela  a duré trois ans et j’ai vraiment appris la précision, le détail.  J’ai découvert la typographie également. Je suis ensuite allée à la fac où j’ai découvert l’art contemporain avec beaucoup de déception. Je trouvais qu’après mon apprentissage précis et pointu et mes cours d’histoire de l’art, cela manquait de sérieux. J’ai rencontré beaucoup de gens, c’était tout de même passionnant.

Je suis partie de ce monde de l’art et je suis devenue graphiste, j’ai travaillé dans l’édition chez Larousse puis à mon compte et je suis allée m’installer à la campagne. J’ai ressenti un rude changement de vie. Je suis passée de graphiste  parisienne à épouse d’éleveur de moutons dans les Cévennes. La difficulté a été pendant ces années que l’homme dont j’étais amoureuse était totalement étranger au monde de l’art. Je savais que sans création je ne pouvais pas vivre, j’ai un besoin viscéral  de dessiner et créer. J’avais l’impression d’être enfermée dans un savoir-faire. J’ai travaillé la sculpture sur bois, je n’avais jamais fait cela. Ça a été le début d’une évolution réelle, j’ai fait du dessin, de la peinture, du Land art, des installations. Je suis partie un peu dans toutes les directions.

Dans la sculpture ce que je trouvais intéressant était de me pencher sur des objets trouvés dans la nature, des troncs d’arbre, des branches et à partir de là travailler dessus pour leur donner une autre forme tout en respectant ce qui m’était donné à l’origine. J’intervenais sur le travail de la nature.  Je suis ensuite revenue au dessin à l’encre. J’ai également enseigné. »

« Dennis »

 

Vous semblez être une artiste très éclectique. Pourquoi ce passage du dessin, à la sculpture puis à la peinture ? Avec quelle technique artiste vous sentez-vous le plus à l’aise ?

« Je pars dans tous les sens parce que j’ai mille idées à la seconde et que j’ai envie de tout expérimenter. Mais en même temps il faudrait trois vies pour le faire. J’ai envie de creuser un sillon et voir jusqu’où cela peut aller également. Le travail au crayon est mon premier amour. Le crayon de papier a quelque chose de particulier. »

Vous effectuez vos dessins tantôt au stylo bille tantôt au graphite, sur papier ou sur toile. Pour quelle raison ?  Quels techniques privilégiez-vous et pour rendre quel effet ?

« J’ai aussi essayé le stylo bille sur papier et sur toile. Il est plus noir que le crayon graphite mais en même temps il a davantage de subtilités qu’un feutre, l’on peut faire des gris et des modelés supplémentaires. Mais j’ai besoin de changer de technique régulièrement pour ne pas m’ennuyer.

J’utilise les deux car ils ont des effets différents. J’adore donner du volume, une espèce de réalité à des formes abstraites et inventées. C’est associer deux éléments normalement antagonistes et donner de la réalité à de l’abstrait qui me plaît. »

Vous travaillez également sur volume. Quelle est la différence selon vous ?

« Quand on donne du volume cela crée une épaisseur et on a l’impression que cette forme sort du papier, on lui offre une réalité. »

« Violetta »

 

Quelles sont les différentes étapes dans le processus de dessin ?

« Pour ce qui est de la majeure partie de mes dessins j’ai besoin de partir d’un élément existant, un visage, un corps, un regard. J’ai aussi fait des tentatives en partant d’éléments urbains et architecturaux et en y intégrant mes volutes. C’est cette forme de frottement qui m’intéresse. Je pars donc d’un élément tangible et j’y intègre ces formes abstraites, cette fantasmagorie. C’est comme ça que je pratique. »

Vous faites également de la calligraphie, à quel moment avez-vous été attirée par cela ?

« J’en fais peu car cela demande un savoir-faire immense. Mais je suis tombée amoureuse de la typographie donc j’aime à laisser une lettre quelque part ou dessiner. J’aime travailler sur un dialogue entre ce qui m’est donné par la page et ce que je vais dessiner par-dessus. Quand je fais le tour de mon travail c’est toujours un dialogue. Quand je fais du Land art par exemple, je m’imprègne du lieu, je le respecte et je dessine dessus, grandeur nature. »

Votre art revêt la question très intéressante de l’arabesque. Vous parlez vous-même du plaisir de : « l’enroulement, la volute, l’arabesque ». D’où est-ce que cela vient et quelle en est la dimension symbolique ?

« Je vous avoue que j’ai peu réfléchi à cela. Les années où je préparais le CAPES, les volutes s’invitaient inconsciemment au sein de mes réponses mais l’on me disait que je ne devais pas les faire intervenir. J’ai été brimée pendant longtemps. C’est ce qui m’a surement permis de m’apercevoir de leur importance. Depuis c’est mon truc. Quand je gribouille au téléphone je fais des arabesques, des courbes et je ne peux absolument pas vous dire d’où cela vient. C’est comme ça. »

« Aéoridès »

 

Vous semblez fortement happée par la nature, le Land art. Qu’est ce que la nature vous apporte de plus au sein de la création artistique ?

« Je ne sais pas si cela vient de mon enfance passée à la campagne mais pour moi la nature est un élément indispensable. J’ai besoin de vivre à la campagne. Quand j’étais à Paris, je ramassais des feuilles de platane Boulevard Raspail en automne pour en faire des bouquets parce que cela me manquait trop. Ce n’est pas étranger avec le fait de m’être installée dans les Cévennes à 30 ans. Je ne peux pas vivre sans nature. »

Vous travaillez beaucoup en noir et blanc mais certaines de vos œuvres sont néanmoins colorées, la plupart du temps en bleu, rouge et jaune parfois. Que signifient ces couleurs pour vous ?

«  Je ne sais pas pourquoi j’ai commencé à faire du bleu par exemple, ce que j’aime bien c’est la subtilité des camaïeux, essayer de créer en faisant des mélanges ou en superposant une multitude de bleus différents. Cela allait bien avec mon idée de départ de cette série. J’ai fait des tentatives d’autres couleurs mais je ne peux pas sortir du bleu. »

De quel mouvement artistique rapprocheriez-vous votre travail ?

« Je n’ai pas trouvé de réponse. C’est d’ailleurs un peu problématique pour moi  car quand on me demande de rapprocher mon art d’un mouvement artistique pour pouvoir se l’approprier et savoir de quoi on parle, j’ai beaucoup de mal à répondre. Alors il y a du figuratif mais aussi  du surréalisme et de l’onirisme. Je n’arrive pas à trouver. J’ai toujours fait un pas de coté, je ne rentre pas dans le moule. »

Vous semblez très attirée par le portrait. Quelles sont vos inspirations ? Des personnes que vous connaissez ? Qu’essayez-vous de transmettre à travers ces représentations ?

« Je pars de deux grandes catégories. D’abord les gens connus car je trouve toujours beaucoup de photos dont l’expression va fortement me toucher. Sinon ce sont mes proches, mes amis. Je travaille aussi beaucoup à partir de photos d’un photographe que j’ai rencontré sur Facebook. Il fait un travail d’autoportrait que je trouve très intéressant. Nous sommes devenus amis et il m’a fourni de nombreuses photos, je travaille d’après ces dernières. Sinon ce sont des photos que j’ai faites moi-même parce que j’arrive à avoir une expression qui m’intéresse. »

Enfin, je vous ai demandé de choisir quelques œuvres et de me dire en quoi elles sont importantes pour vous. Pourriez-vous m’en dire davantage ?

« La première est celle de la série « Aéoridès ». Quand je faisais de la sculpture sur bois à l’époque le médecin m’a diagnostiqué de l’arthrose et m’a interdit de continuer à travailler ainsi car ça m’abimait trop les mains. Il a fallu que je change de médium. Le hasard a voulu que je réponde à un appel à projet qui provenait d’une association de spéléologie à Millau et le thème était la chauve-souris.

Je me suis intéressée à ses ailes en particulier, le côté diaphane me plaisait et en cherchant un peu j’ai aussi réalisé que son vol n’était pas linéaire comme celui d’un oiseau. En partant de ces considérations j’ai créé ma première maquette avec une structure en fil de fer soudée et par-dessus du papier de soie. J’en ai fait d’autres plus verticaux en dentelle comme celui-là. J’aime le fait qu’il y ait des volutes, ce coté aérien, très fin et léger. Quand c’est bien éclairé, l’ombre portée fait double-œuvre.

Ensuite j’ai « Dennis » qui renvoie directement au portrait de l’acteur américain Dennis Hopper. J’étais tombée sur une photo où l’intensité de son regard m’a beaucoup plu et il est toujours accroché chez moi dans ma cuisine, je le regarde tous les jours. Je le trouve équilibré et puissant.

« Violetta » vient de l’idée d’harmoniser, associer deux éléments différents. J’avais envie de dessiner sur du volume. Je l’avais fait pour une de mes expositions dont le thème était le féminin et j’avais dessiné dessus en m’inspirant des tatouages Maorisque que je trouve très intéressants. A la base, ce sont des tatouages destinés uniquement aux hommes. Ils témoignent de l’expérience de la personne elle-même. Les représenter sur le corps féminin était un pied de nez que je trouvais intéressant et dessiner sur ce corps de femme lui donnait cette histoire, elle avait un coté primitif. Je l’ai couverte de tout ce qui me nourrit.

La dernière, « Le Clôde » est une représentation de mon mari. L’idée de départ était de faire un portrait naturel, je l’ai fait poser sur la terrasse de chez moi un jour où il faisait beau et j’ai pris une centaine de photos.  Je voulais attraper la gestuelle naturelle, le personnage en lui-même fait 2m10. J’ai ensuite eu envie de lui faire des ailes d’ange, j’ai hésité parce que tout de même, c’est mon mari. Mais elles lui vont bien, ces ailes. »

« Le Clôde »

 

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Réalisé par Léana Zocolan le 02 avril 2021.

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