Interview d’Alain Gegout

Bonjour Alain Gegout et merci pour le temps que vous prenez à répondre à mes questions.

Pouvez-vous nous raconter en quelques mots votre parcours artistique ?

« Cela a commencé à l’école. Dans mon établissement, l’on incitait les enfants de la classe à être créatifs. Cela a signé le point de départ de ma carrière de peintre. Ensuite je suis devenu sculpteur de bois pendant sept ans et j’ai laissé la sculpture pour me consacrer à la peinture. C’est depuis l’âge de dix ans que le dessin me parle ».

« Flo assomption »

 

Quelles ont été vos inspirations ?

« Le premier peintre qui m’a vraiment branché était Magritte avec « Le Jockey Perdu ». Il représente un cavalier qui traverse l’espace, entouré d’arbres stylisés sous la forme de grandes feuilles. Cette peinture m’a directement donné envie de peindre, elle évoquait tant d’univers et d’ouverture que c’était un appel pour moi, une amorce pour l’imaginaire. C’est cela qui me plait, l’imaginaire d’abord, la poésie ensuite ».

Vos créations représentent souvent un personnage dont le nom est « Flo ». Qui est-ce donc ? Quand est-elle née dans votre esprit  et pourquoi avez-vous besoin d’elle ?

« Flo est un peu générique, elle est le résumé de toutes les femmes que j’ai aimées, qui m’ont porté, ont été des muses. J’ai choisi le prénom « Flo » car ce n’est pas le nom d’une femme avec qui j’ai vécu. Cela m’est venu d’une manière très progressive. Je me souviens d’expositions où je donnais des noms de femmes avec qui j’avais vécu et cela était très délicat. Tout doucement ce générique a pris sa place. Cela vient aussi de la peinture « Ophélia » de Rossetti, qui s’est suicidée et s’étend au bord de l’eau. Cette Ophélia s’est en quelque sorte transformée en Flo ».

« Flo blue moon »

 

Est-ce que cette Flo évolue, grandit et vieillit avec la vie et ses épreuves ou au contraire est-elle une créature immuable ?

« Elle est immuable. Elle est imprévisible, elle correspond à mes états d’âme, à mes pulsions, elle est totalement hors du temps, intemporelle. C’est une trace, l’existence de l’artiste demeure intacte grâce à elle ».

Vous semblez très inspiré par les paysages, les destinations étrangères et la nature à en croire vos carnets de voyage. En quoi votre environnement vous aide à atteindre une imagination créative ?

« C’est une autre partie du personnage. Comme je fais beaucoup de montagne, c’est une partie plus accessible de mon travail. J’ai l’envie de communiquer de beaux paysages, pas de manière trop réaliste non plus pour éviter de piéger la peinture dans une image trop connotée. Ce doit être un appel aussi, l’on revient à l’imaginaire ».

 

Quel a été le lieu qui vous a marqué en particulier et au sein duquel vous avez ressenti le besoin de peindre ?

« Cela est vraiment lié à mon expérience de 40 ans de montagne. Quand j’y suis c’est pour la neige, marcher m’ennuie. J’aime être sur des skis, monter et redescendre des sommets. C’est la dimension romantique de cet élément un peu déchainé qui me porte. La tempête, l’idée de quelque chose qui nous emporte ».

Avez-vous fait des rencontres particulières lors de vos voyages qui vous ont ouvert des portes artistiques, à d’autres univers ou points de vue ?

« Non pas vraiment, je n’ai jamais voulu mettre en avant cet aspect là. J’étais avant tout un peintre et un montagnard, le lien entre les deux s’est fait grâce aux carnets de voyage mais je n’ai jamais mis en avant cette partie comme j’aurais pu le faire. Mais je n’avais pas envie de me faire enfermer dans ce circuit de peintre montagnard, j’avais besoin que cela reste une récréation ».

« Flo au temps du Corona Virus »

 

Vous travaillez par strates, couches successives : l’intérêt est-il de cacher quelque chose au spectateur ?

« Ce n’est pas le souci de matière qui m’intéresse. Je reviens sur une peinture tant qu’elle est toujours au sein de mon atelier, un peu à la manière d’un palimpseste. Je la recouvre et autre chose apparaît surtout par le biais de la technique des marouflages.  Mes œuvres ne sont terminées que lorsqu’elles quittent l’atelier et sont vendues. Je dessine les yeux fermés, ma peinture est instinctive, il m’est donc impossible de reproduire une création à l’identique. C’est ce coté hasardeux que j’aime ».

Quelles sont les émotions que vous véhiculez au sein de vos créations ? La force de vivre ou le désespoir ? Un entre-deux ?

« C’est cela, c’est un peu la comédie de l’existence entre l’amour et la haine, le bien et le mal, la vie et la mort, entre  le drame et la comédie. C’est cette dualité-là qui porte mon travail. Selon mon humeur je penche vers l’un ou vers l’autre. Le mot « mélancolie » est très important dans mon travail. L’amour aussi, pour justifier cette sublimation des pulsions ».

« Flo blue note »

 

Vous usez beaucoup du bleu et du jaune. Est-ce des couleurs significatives pour vous ?

« Cela est nouveau. Depuis un an je travaille davantage l’aquarelle. Le bleu foncé et le jaune représentent le jour et la nuit, le chaud et le froid, le négatif et le positif. C’est cela qui apparaît. Avant je me méfiais du bleu, c’était à mon sens une couleur trop consensuelle et trop facile tandis que le bleu foncé et le gris menaçant du ciel me touchent.  Je ne suis pas coloriste au sens intuitif du terme, j’aime le coté sobre, presque monochrome de la couleur ».

Enfin, je vous ai demandé de choisir 3/4 œuvres qui sont très importantes ou significatives pour vous, je vous laisse m’en dire quelques mots.

«J’ai été énormément happé par l’univers artistique d’Andrew Wyeth, sa peinture est un hommage au crépuscule. Mais également Goya, Bacon, Rembrandt qui sont des références totales pour le côté hommage à la peinture. J’aime aussi énormément Magritte, mais pour moi, à la différence des autres ce n’est pas  un peintre, c’est un déclencheur d’émotions.

Celles de moi que je vous ai envoyées sont ces œuvres un peu charnières.

« Pinky Lolita » est une peinture un peu à part car elle n’est pas le fruit de mon imagination comme les autres. Elle est faite à partir d’une photo prise à New York d’une petite fille de 5 ans, habillée tout en rose, prostrée sur un trottoir et qui posait pour des photographes.  A part cela, j’aurais du mal à vous en évoquer d’autres. Peut être la peinture très réaliste que je faisais il y a 30 ans, c’était un hommage aux images. J’ai par exemple fait un verre de lait sur un fond blanc, clin d’œil à Malevitch ».

 

« Pinky Lolita »

 

Découvrir les œuvres d’Alain Gegout sur la Marketplace.

Réalisé par Léana Zocolan le 3 mars 2021.

 

 

Découvrir d’autres articles

Vous aimez ? Rejoignez dès à présent le premier réseau social dédié à l’art, inscription gratuite !

Logo Hubbub Art

Suivez nous sur

Hubbub Art sur facebook            

 

 

Réponses

New Report

Close